Étude pour un hôpital informant

La mise en marche du projet commence réellement sur le terrain. Uniquement là. Dans la confrontation à ses acteurs, ses espaces et les dispositifs qui s’y inscrivent. Dans le rapport direct au poids de l’in situ. Nous avions eu le temps de la préparation pour développer les premières hypothèses, cibler les premières crispations, les nœuds, mais aussi les détentes. Nous aurons vu avec les praticiens de ces lieux que des pratiques fonctionnent, sont à accroître. Aussi que des changements arrivent là, maintenant. Cependant toute les forces de projection n’auront pas résisté à la friction du lieu.

Lors de réunions préparatoires, nous dégagions essentiellement des problématiques de flux d’informations au sein d’équipes en rotation permanente, de déplacements de patients, d’accompagnants, de personnels. La période actuelle de numérisation massive au sein des hôpitaux présentait alors un temps particulièrement riche en questionnement sur ces pratiques. La mutualisation des lits entre les services et les objectifs gouvernementaux d’augmentation des chirurgies ambulatoires participant alors à cette question des flux ; comment fluidifier les parcours, tant des soignants que des patients, tout en conservant la plus belle hospitalité ? Nous observions dans deux des trois terrains une seconde séparation au sein du service même, entre les soins médicaux et chirurgicaux. Un décloisonnement ne serait-il pas bienvenu ici ? Cependant, tant du point de vue d’une mutualisation que d’un décloisonnement, la clarté du parcours pour le patient et ses accompagnants (rappelons que deux des services sont de la pédiatrie et que les parents ont évidemment un rôle primordial ici) n’en est-il pas touché ? Comment alors poursuivre une volonté d’information et d’accompagnement du patient ? Nous dirigerions-nous vers un hôpital dans le cloud ?
Nous soulevons donc des préoccupations tant à propos des conditions de travail des personnels que de l’expérience des patients, des accompagnants, mais aussi des absents.

Imprégné de ces multiples questions, nous nous confrontons tous ensemble aux espaces et à ses usages. Lors transmissions d’informations des équipes de nuit aux équipes de jour au sein des urgences pédiatriques, les informations, loin de se présenter en données abstraites, deviennent des personnes atteintes de maux, pleines d’histoires intimes, parfois violentes. Nous trouvons des lieux d’attentes étouffants, aux lumières sombres. Des salles d’archives en voie de disparition, laissant paraître là, au fond, une reproduction de peinture rupestre sur toile. Des secrétaires en train de frapper, écouteur à l’oreille, les bilans parlés des médecins. Un râle trop présent d’un patient las de toute l’opération du jour. Des regards interrogatifs de tous ceux qui attendent, qui n’avaient pas prévu d’être maintenant là. De ceux qui depuis des mois avaient prévu d’être là et qui maintenant attendent. Ça ausculte. Ça diagnostique.
La notion de prévision dans les lieux mêmes est ici mise en question. Nous sentons que les murs ont été prévus dans l’intention de faire hôpital, mais pas de faire un service des urgences, un service de consultation. Tant mieux peut-être, pour nous pousser à les transformer, à les modeler.

Les étudiants fréquentent les lieux et questionnent au fur et à mesure. Les problématiques se précisent et font apparaître des hypothèses à déployer, à rejeter, à tester, à creuser.
Le lieu, ce lieu précisément, doit focaliser toute attention. Qu’y-a-t’il de particulier, de plus spécifique ici, nécessitant de transformer des choses. Les questions posées trouvent bien sûr, il fallait s’en douter, souvent un écho sur des éléments dépassant le lieu même. Nous n’étions pas là pour poser ces enjeux, cependant, il devient nécessaire d’en faire maintenant l’écho, de ne pas les laisser retomber, mais au contraire de les établir comme des problèmes à saisir, à travailler sur des temps de recherche plus longs, plus généralistes peut-être aussi. La suite de ce texte tentera de rendre compte de ces quelques méta-questions, en espérant que cela puisse engager des chercheurs, étudiants, designers, maîtres d’œuvre, vers une mise en marche de projets et trouver des échos dans des recherches déjà menées.

Une liste de mécénat
De bonnes volontés philanthropes se proposent d’agrémenter l’hôpital de divers accessoires, aussi bien décoratifs que fonctionnels. Cela produit cependant souvent des amalgames sans concertation, sans intention. Les services eux-mêmes ne pourraient-ils pas faire remonter leurs besoins ?
Un lit de 0 à 18 ans
Dans des services de pédiatrie, le stockage des lits devient un vrai problème d’espace issu d’une surcharge de mobilier. Ne pourrait-on pas concevoir un lit simplement adaptable de 0 à 18 ans ?
Une interface de dossier patient numérique désirable
Le passage progressif au dossier patient numérique, outre la question de l’accès à l’information, pose bien sûr la question de son interface d’accès. Dominée par le système DX Care, cette révolution ne peut-elle pas s’ouvrir afin de permettre la réalisation d’un outil utile et désirable ? Comment pourrait-on recontextualiser ces interfaces, les intégrer aux spécificités des usages et des espaces ?
Des outils de dialogue et de représentation de la douleur
L’hôpital pourrait dans une large mesure être considéré comme le lieu de l’extériorisation de la douleur, de sa représentation, de sa mise en mots. Cependant, les outils de langage et d’énonciation semblent manquer.
Des outils de dialogue et de représentation des actes chirurgicaux
Si nous voulons d’un système de santé qui permet au patient de devenir partenaire de ses soins, certaines dichotomies entre le savant et le profane doivent être remises en question. Comment transmettre certaines connaissances pour informer et responsabiliser le patient ?
Une compréhension des rôles des acteurs de l’hôpital
Nous parlons des personnels hospitaliers, des soignants… Il est évident de constater que le néophyte peine à reconnaître les fonctions de chacun. Comment informer les visiteurs pour éviter la cristallisation de cette ignorance ?
Une représentation des échanges pécuniaires à l’hôpital
Le modèle français de prestations sociales tend à effacer la connaissance des coûts réels des actes de soin. Comment, tout en valorisant cet acquis social, donner à voir ces informations ?
Des outils de suivi des pathologies chroniques
Le service de consultation est fréquenté par une grande partie de patients atteints de pathologies chroniques comme l’asthme ou le diabète. Quels seraient les outils permettant à la fois un suivi complet, mais donnant aussi au patient des moyens de s’approprier sa pathologie ?
Un carnet de santé pour l’adulte
Souvent conservé par un tiers alors que nous nous responsabilisons en avançant en âge, la question du suivi médical sous la forme d’un carnet de santé se pose pour chaque adulte.
Une signalétique pour des services pédiatriques
La charte générale de l’hôpital ne semble pas convenir aux spécificités de tous les services. Particulièrement dans le cadre des services pédiatriques, comment repenser un ensemble cohérent, adapté aux enfants de 0 à 18 ans, mais donc aussi à leurs accompagnants ?
Un système signalétique pour les travaux à l’hôpital
Sur une parcelle aussi importante que le site d’Hautepierre, les travaux sont un souci actuel. Sur les terrains souvent importants des hôpitaux universitaires, cette situation n’est pas à voir comme un état d’exception. Comment alors concevoir un système signalétique permettant de conserver l’accès et donc la qualité du parcours des visiteurs ?
Une nouvelle esthétique hospitalière
Au sein des services pédiatriques, les décors figuratifs tentent de créer un univers visuel diversifié et attractif. Ne peut-on pas cependant quitter cette figuration souvent trop enfantine ?
Dans des espaces plus contemporains, l’esthétique techniciste domine par les matériaux lisses, les plaques métalliques, les lumières crues. Comment requalifier ces espaces pour répondre aux demandes de “chaleur” souvent entendues ?
Des outils et dispositifs de prévention de santé sur un territoire
Le service des urgences atteins parfois un niveau de saturation dû à un manque de connaissances et de savoir-faire simples qui pouvaient auparavant passer par de la transmission intergénérationnelle. Comment l’hôpital peut-il traiter des objectifs de prévention ? Comment l’ouvrir à des actions sur une échelle territoriale plus large ?
Des outils et dispositifs d’information sur les TIC
Le passage à la numérisation des dossiers est souvent vécu comme un incontournable subi. Cependant, ceci est souvent la conséquence d’un manque de connaissances et d’information sur les TIC. Comment développer une culture et une pratique du numérique ? Mais alors qui en aurait la mission ?
Permettre aux experts d’initier les appels d’offre dans le champs du numérique
L’hôpital subit fortement une logique d’offre de la part des fournisseurs de technologie numérique. Comment sortir des catalogues ? Quels outils et dispositifs pourraient faire entrer des démarches d’appel d’offre permettant aux praticiens de faire émerger des demandes de technologies numériques ?

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